Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Christoblog

Mesrine : l'instinct de mort

Cécile de France et Vincent Cassel. La Petite Reine / Roger ArpajouLe voilà.

On l'attendait depuis longtemps le film français dramatique / d'action / thriller qui tiendrait la comparaison avec les standards américains. Tendu, rythmé, palpitant, Mesrine ne rougirait pas d'être placé aux côtés des Affranchis ou de Il était une fois en Amérique.

D'où Richet tire t'il sa mise en scène si efficace ? Le fait est qu'on est scotché de bout en bout. Les scènes de suspense pur (l'évasion) alternent avec les scènes de violence qui, nombreuses, sont vraiment éprouvantes (la femme dans les escaliers, l'Algérie, l'extraction de la balle, les Rangers dans la foret, la fosse).

La caméra de Richet est à la fois discrète, virtuose, inspirée.

Cassel tient peut-être là le rôle de sa vie, cassant, vif, séduisant, ignoble. La force de sa volonté pure éclabousse tout le film : il EST Mesrine. Tous les autres acteurs sont parfaits, les femmes en particulier.
Du souffle, du rythme, de l'ampleur (ces paysages parisiens ou américains dans toute leur largeur), une maîtrise jouissive du montage, une osmose parfaitement réussie de l'intime et du public, des scènes d'action, des sentiments intenses : un grand et bon film.

De plus, si vous ne connaissez pas l'histoire de Mesrine, le scénario est bien ficelé et remarquablement intéressant.
Mesrine prend aux tripes, à l'opposé du film d'auteur compassé, il ouvre une nouvelle voie dans le cinéma français.

Décomplexé !  

 

4e

Voir les commentaires

Vicky Cristina Barcelona

Scarlett Johansson. Warner Bros. FranceAprès sa trilogie londonienne, Woody continue son tour d'Europe et nous emmène cette fois-ci en Catalogne.

Le film commence sur les chapeaux de roue. Voix off dessinant à grands traits les contours des personnages, puis arrivée en force de Javier Bardem, tout en virilité assumée, dans une scène excellente où il fait des propositions, disons, assez abruptes, à nos deux touristes américaines.

Les réactions contrastées, toutes en nuance, de la brune Vicky et de la blonde Cristina, puis le week end à Oviedo sont vraiment délicieux. Le marivaudage est drôle et profond à la fois.

De retour à Barcelone, le film se gâte. Il commence à tourner un peu en rond, il se traîne, Woody donne l'impression de prendre son temps, tout amoureux qu'il est de Scarlett Johansson. L'irruption de Penelope Cruz, n'arrange rien, car elle est beaucoup moins crédible que les deux autres actrices et en fait trop (un peu comme d'habitude). La venue du mari de Vicky ajoute dans la dernière partie du film un peu d'intérêt par le ridicule contraste qu'il forme avec Bardem, mais la morale qu'il dessine est un peu poussive : Allen=Europe=personnage de Bardem=créateur, alors que mari de Vicky=matérialisme=superficialité.

Le coup de feu final tombe un peu à plat.

On a dit que le film était très sensuel, mais Woody n'est sexuel qu'intellectuellement, et à vrai dire il ne sait pas trop comment filmer les scènes de sexe. Tantôt il ne les filme pas (les amants tombent hors champ), tantôt la prise de vue en très gros plan est un peu floue, tantôt un coin de table masque opportunément ce que tout le monde voudrait voir.

Même la scène entre Scarlett et Penelope, sensée être un summum de sensualité, laisse de marbre. Rien à voir avec le trouble sensuel extrême que procurait le baiser des deux héroïnes de Mulholand Drive (tiens, une brune et une blonde aussi).

Par moment, le film fait vraiment "Woody visite l'Europe", après Venise, Paris, Londres : Barcelone, et son parc Guell, sa Sagrada Familia, etc...

La bonne surprise du film est l'actrice Rebecca Hall, que je ne connaissais pas, et qui est très bien.

 

2e

Voir les commentaires

Le silence de Lorna

Le silence de Lorna a obtenu le prix du meilleur scénario au festival de Cannes 2008.

D'une certaine façon, lorsqu'on a dit ça, on a tout dit.

Le scénario est en effet effectivement très bien, et rappelle immédiatement le cinéma de Kieslowski, référence en matière de dilemme psychologique.

Le problème est que ce scénario, très bien charpenté, n'est qu'un séduisant squelette que les frères Dardenne peinent à habiller de chair.

Si l'actrice Arta Dobroshi est parfaite, les personnages masculins sont un peu trop typés et manquent de complexité. Le rythme du film est celui qu'en sport on qualifierait de faux lent : on ne s'ennuie pas vraiment, mais on n'est pas vraiment entraîné non plus. La comparaison avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours est cruelle. Ce dernier film nous atteignait en plein coeur, il instillait une ambiance de tension extrême, viscéralement éprouvante, Le silence de Lorna ne fait que jouer avec notre intellect, sans vraiment nous émouvoir.

La séquence de fin est à ce titre exemplaire : ni vraiment onirique, ni vraiment réaliste (une fugitive qui ne se retourne jamais ?), ni vraiment poétique, elle est .... vraiment bizarre.

Le cinéma des frères Dardenne est souvent sec comme un coup de trique, il en oublie quelquefois l'obligation de plaire. 

 

2e

 

Voir les commentaires

La belle personne

Evidemment, Les chansons d'amour vont marquer pour lontemps le cinéma de Christophe Honoré. Ce film était si puissant, si plein, si entier, si rythmé, qu'il emportait tout sur son passage, comme un fleuve romantique.

La belle personne n'évite pas d'une certaine façon la redite ou la nostalgie : mêmes acteurs (Garrel, Leprince Ringuet, Clotilde Hesme), apparition en guest star de Chiara Mastroianni, vues de Paris en hiver, et acteur chantant du Beaupain au plus fort de la crise.

Cette filiation n'est pourtant pas dérangeante. La belle personne est comme un addendum élégiaque aux Chansons d'amour, qui lui exploitait plutôt une veine lyrique et romantique.

La première partie du film patine un peu. Les jeunes acteurs ont du mal a trouver leurs marques, je trouve qu'il y a des problèmes de bande-son qui rendent une partie des dialogues inaudibles et les cours de l'upper-class parisienne ne passionnent pas.

Dans la deuxième partie, quand le scénario se concentre sur les personnages principaux, le film devient captivant et atteint des sommets (le nettoyage de la cour par exemple, les derniers plans). Rarement la douleur quasi physique de l'amour aura été aussi bien montré au cinéma. La musique triste du barde folk et maudit qu'était Nick Drake contribue a instaurer une ambiance envoûtante.

Christophe Honoré se révèle de film en film un cinéaste étonnant et extraordinairement doué. Ses mouvements de caméra, ses montages cut, sa façon de carresser les personnages, ses innovations stylistiques : il y a de grandes promesses dans ce cinéma-là.

Enfin impossible de conclure cette critique sans un hommage particulier à l'actrice principale, Léa Seydoux, perle opaque au teint blanc et aux cheveux noirs, qui irradie le film de sa beauté et de sa présence.

 

3e

Voir les commentaires